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Marcher droit



« Agis de telle sorte que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne d'autrui... » 


Kant


Encore faut-il que cela soit possible de marcher droit, après une chute de vélo et un fémur cassé... Cette aventure n’est pas la mienne, mais celle d’une amie. 


Marcher droit, serait-ce aller de l’avant ? Si tel est le cas, mon amie n’a pas attendu longtemps avant de décider de transformer cet accident en une nouvelle opportunité. Une possibilité de faire de cette balourdise, l’occasion de revisiter l’adéquation de ses valeurs, de ses désirs et de ses choix.  


Faut-il refaire le point régulièrement sur ces questions ? Je le pense. Il n’y a pas de ligne de vie à suivre une fois pour toutes, ni même de modèle universel.


Pour René Descartes, le bien moral réside dans l’usage de la raison. Être ferme et résolu dans ses actions, même si les choix sont incertains. Descartes est l’homme qui n’aimait ni l’erreur, ni l’errance. Pour éviter l’erreur, il recommandait de rechercher sans cesse la vérité en s’appuyant sur le doute et le questionnement. Pour éviter l’errance - à l’image de l’homme égaré dans la forêt - il conseillait de choisir un chemin et de s’y tenir, car tout chemin conduit finalement quelque part. 


Pour le mathématicien-philosophe, l’éthique est une affaire de discipline intérieure, de raison bien conduite, et de liberté morale. La morale n’est pas assujettie par l’extérieur, elle se construit par l’usage autonome de la pensée. Il disait « Changez vos désirs, plutôt que l’ordre du monde ».


Mais quid alors de cet ordre du monde, qui nous rend fou et nous met en face de notre impuissance ?  Roger-Pol Droit pose cette question centrale dans « Alice au pays des idées ».


Certains philosophes, comme Aristote pensait que tout dans la nature a une finalité. Et que le but premier de l’homme est de savoir atteindre le bonheur, en cultivant sa vertu et sa raison. Il nous invitait à nous inscrire dans l’ordre des choses en nous accomplissant de manière harmonieuse. Spinoza lui emboita le pas, 2 000 ans plus tard, avec le concept de liberté intérieure, face au déterminisme des choses. La liberté d’être le plus vertueux possible, la liberté de ne pas se faire écraser par le poids du monde. Ni par le poids des autres, lorsqu’ils vont mal, tout en étant en empathie avec eux. 


Comment marcher droit, quand les autres nous font boiter, nous ralentissent, nous donnent le sentiment de reculer plutôt que d’avancer. Peut-on penser juste à soi, sans culpabilité de n’être pas un homme moral et honorable ? Kant disait : « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne d’autrui, toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen ». Cette phrase dit tout. Il s’agit bien de respecter la dignité de tous les êtres humains, y compris la sienne propre. S’il avait vécu à notre époque, il nous aurait suggéré de savoir poser des limites, de ne pas trop nous exposer au chaos du monde et de ses nouvelles inquiétantes. Il nous aurait susurré qu’être un individu moral et honorable, c’est aussi, laisser l’autre agir selon son propre libre-arbitre, sans être ni contraint ni influencé par autrui. 


Ainsi donc, marcher droit, est-ce vraiment ne pas se soucier du monde autour de nous ? Je ne le crois pas. J’aime à penser que marcher droit, c’est savoir où nous mettons les pieds. Marcher droit, c’est accepter de se tromper, de n’être pas parfait. 


Montaigne aimait souligner notre imperfection, sans la condamner, mais en l’acceptant comme une condition naturelle : « Je ne peins pas l’être. Je peins le passage ; non un passage d’un âge à un autre, ou comme dit le peuple, de sept en sept ans, mais de jour en jour, de minute en minute ». Nous nous accrochons à une image de nous-même, alors que celui ou celle que nous étions la seconde d’avant est déjà dépassé dans la seconde qui suit. Marcher droit, même en zigzaguant, seul ou accompagné… L’essentiel n’est-il pas simplement de poser « un pied devant l’autre », comme le chantait Jean-Pierre Mader dans sa chanson éponyme. 2026 nous attend de pied ferme… Accordons-nous le temps d’osciller, parfois à cloche-pied, et de danser avec la vie.


Référence bibliographique

« Alice au pays des rêves » – Roger-Pol Droit

La jeune Alice s'inquiète pour son avenir et celui de la planète. Alors qu'elle cherche un mantra ou une phrase pour la guider, elle bascule dans le monde des idées. Avec l'aide de nombreux personnages fantaisistes, elle navigue dans cet univers symbolique et découvre les principaux courants de pensée de l'histoire.


Une merveille de balade philosophique par Roger-Pol Droit.

Socrate, Platon, Bouddha, Confucius, Kant, Nietzche… Avec beaucoup de fantaisie, le philosophe a imaginé un voyage initiatique à la rencontre des sages qui, de l’Antiquité à nos jours, ont cherché à comprendre le monde. CRITIQUE TÉLÉRAMA


 
 
 

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